1.
Introduction
Le barrage de Poutès
a été construit sur l'Allier en pleine seconde guerre
mondiale et sans autorisation pour la production d'électricité.
La concession (droit d'exploitation) arrive à terme au 31 décembre
2007 et EDF, qui exploite le barrage, demande la reconduction de ce
droit pour 40 nouvelles années. Or ce barrage, qui a à
lui seul causé la quasi disparition du grand saumon de Loire,
demeure l'obstacle majeur au programme de sauvegarde de l'espèce
mis en place dans le cadre du Plan Loire Grandeur Nature. C'est pourquoi
nous demandons le non-renouvellement de la concession.
2. Situation géographique
Le barrage de Poutès
se situe dans un verrou rocheux des gorges de l'Allier en Haute Loire,
à quelques 70 km des sources de l'Allier. Sa situation géographique
en fait le principal obstacle pour l'accès des saumons aux sites
de reproduction les plus productifs (60 % du potentiel de reproduction
est ainsi hypothéqué).

voir
aussi la carte interactive du bassin de la Loire et les barrages
3. Données techniques
Le complexe hydroélectrique
de Monistrol d'Allier est alimenté en eau par le barrage de Poutès
(sur l'Allier) et deux autres barrages en série : Saint Préjet
et Pouzas (sur l'Ance du Sud).

Barrage de Poutès
:
- Hauteur : 17,7 mètres
- Largeur : 85 mètres
- Débit réservé : 2,5 m3/s depuis 1992 (avant seulement
0,5m3/s). Deux fois moins que le débit réservé
préconisé par l'étude du CEMAGREF.
- Fonctionnement par éclusées
- Tronçon court-circuité (Vieil Allier) : 10 km
- Débit maximum turbinable : 28 m3/s
- Module Allier à Poutès : 16,9m3/s
Retenue de Poutès
:
- Volume : 2,4 millions m3
- Longeur 3,5 km,
- Surface
39 ha
Usine de Monistrol
d'Allier :
- turbine eau de l'Allier (barrage de Poutès) + l'eau de l'Ance
du Sud (2 barrages : St Préjet d'Allier et Pouzas)
- production 82 millions de kW (soit 0,0015% de la production national
totale)
- turbine eau de l'Allier (barrage de Poutès) env. 55 % ,+ eau
de l'Ance du Sud (2 barrages : St Préjet d'Allier et Pouzas)
(45 %)
4. Historique du barrage de Poutès
1941 : construction
du barrage de Poutès sur l'Allier sans autorisation.
1956 : exploitation concédée à EDF pour une durée
de 50 ans
1986 : installation d'un système de franchissement (ascenseur
à saumons)
1996 : (Décembre)
EDF prévient le Ministère de l'Industrie de son intention
de poursuivre l'exploitation
2000 : (Octobre) accord de principe de l'administration sur le renouvellement
de la concession
2003 : (Février) Remise de l'étude d'impact pour avis
des mairies et services de l'état.
2003 : (Décembre) L'étude d'impact est considérée
incomplète. EDF est mis en demeure de la compléter.
2006 : Enquète publique , avis favorable, 15 ans, avec réserves
2007 : On attend un edécision du Premierministre...
(fin de la concession
31 décembre 2007)
5. Impacts de l'ouvrage
Depuis son édification
en 1941, la barrage serait à lui seul responsable à 90%
de la perte des grands saumons de la Loire et de l'Allier. " A
partir de 1950, les captures totales n'étaient plus en moyenne
que le cinquième de ce qu'elles étaient avant 1941 "
(Cohendet, 1993). Depuis, seuls 8 % des 2200 hectares de frayères
fréquentées au début du XIXe siècle sont
actuellement accessibles.
En 1986, un ascenseur
couplé à une passe à poissons classique a été
mis en service pour permettre la remontée des adultes avant reproduction.
Une glissière pour la dévalaison des jeunes saumons (ou
smolts) a également été prévue. Ces aménagements
restent à l'heure actuelle très peu efficaces et les solutions
techniques sont épuisées.
Mortalité
et blocage de la migration
Malgré son équipement par un ascenseur, le barrage de
Poutès reste difficilement franchissable pour les saumons selon
une étude du Conseil Supérieur de la Pêche. Seuls
10 % des saumons ayant réussi à franchir les obstacles
précédents y parviennent. 60 % des meilleures frayères
sont ainsi inaccessibles à la plupart des adultes.
Lors de la dévalaison,
les saumoneaux sont à un stade physiologique très sensible
et doivent gagner rapidement le milieu marin (inadaptation progressive
à l'eau douce). Ainsi, la retenue longue de 3,5 Km provoque un
retard dans la migration, pouvant être fatal car il conditionne
la date d'arrivée des smolts dans l'estuaire et donc le taux
de survie de ces derniers. La retenue engendre également une
prédation plus importante par les poissons piscivores et les
oiseaux. Une partie de ceux qui survivent à la prédation
sont broyés dans les turbines : les taux de mortalité
liés au passage dans les turbines sont estimés entre 5
et 10% par EDF. L'association APS avance le chiffre de 50% !
Enfin, aucun dispositif
n'est prévu pour le retour en mer des reproducteurs après
la reproduction. Des études menées en Amérique
du Nord montrent que compte tenu de l'état physiologique et des
conditions de réception à l'aval, une chute de 16 à
18m engendre une mortalité de 100% des adultes (Cohendet, 1993)
! !
Disparition de zones de frayères
Au-dessus du barrage, 3,5 km de zones de reproduction sont recouvertes
par la retenue. En-dessous, une grande partie des frayères sont
stérilisées par la réduction du débit (de
16,9m3/s à 2,5m3/s) et par la rétention des sédiments
(selon une étude de Jean-René Malavoi, Ingénieur
Conseil en Hydrogéomorphologie, les sédiments ont quasiment
disparu en aval du barrage, rendant la reproduction du saumon impossible).
Des estimations réalisées par le Conseil Supérieur
de la Pêche montrent que la perte de production entre Monistrol
et Pont d'Alleyras (Vieil Allier + retenue) est de 2000 à 3500
saumoneaux. Enfin, les lâchers d'eau pour la production d'électricité
(éclusées) ont un impact jusqu'à 60 Km en aval
et sont très préjudiciables aux rares saumoneaux qui ont
pu voir le jour.
la qualité de l'eau et des écosystèmes
Comme toute retenue,
le barrage de Poutès et son lac artificiel engendrent une rétention
et une accumulation des matières polluantes (nitrates, phosphates,
métaux lourds
) qui peut conduire notamment à l'eutrophisation
de la retenue. La stagnation de l'eau s'accompagne d'une augmentation
de la température et une modification des caractéristiques
physico-chimique.
Le barrage bloque
les sédiments venant du haut bassin. Le déficit sédimentaire
engendré peut provoquer un enfoncement du lit en aval (érosion
progressive), ce qui a un impact sur la qualité des milieux et
abaisse la nappe d'eau, avec des conséquences sur l'agriculture
et l'approvisionnement en eau potable.
6. Pourquoi démanteler Poutès ?
L'Etat français
a la responsabilité de la conservation de la dernière
population de saumon de grande migration de toute l'Europe de l'Ouest
(l'espèce est inscrite sur la liste rouge mondiale des espèces
menacées). La nécessité de protéger cette
souche a naturellement conduit l'Etat à mettre en uvre
plusieurs programmes de conservation et de restauration de cette espèce
emblématique depuis une vingtaine d'années. Ce sont en
tout plus de 20 millions d'euros qui ont été investis
successivement avec le Plan " Saumon ", le Plan " Grands
Migrateurs ", le Plan " Loire Grandeur Nature " et en
2001, le programme LIFE-Nature "Sauvegarde du grand saumon de Loire".
Ces actions visent principalement à soutenir la population de
saumon et à restaurer leurs habitats de reproduction et de grossissement.
Les actions les
plus marquantes :
- Destruction du
barrage de Saint Etienne du Vigan sur l'Allier et celui de Maisons Rouges
sur la Vienne
- interdiction de la pêche du saumon sur l'ensemble du bassin
Loire-Allier
- Construction et de la salmoniculture de Chanteuges, la plus importante
en Europe pour le repeuplement des rivières à saumon.
Malgré tous
ces efforts, le grand saumon de Loire est toujours au bord de l'extinction.
Le colloque final du programme Life "sauvons le grand saumon de
Loire", organisé par l'Etablissement Public Loire le 08
12 2004 à Clermont Ferrand, a montré sans contestation
possible d'après les études du CSP et de LOGRAMI, que
le barrage de Poutès était l'enjeu primordial pour la
préservation du saumon atlantique. Le démantèlement
de ce barrage permettra de rendre crédible et cohérentes
toutes les actions menées jusqu'à ce jour et qui ont mobilisé
des millions d'euros d'argent public.
Compatibilité
du projet avec le développement des énergies renouvelables
:
"Conformément
à l'engagement de tous les pays de l'Union européenne,
la finalité globale de la stratégie est de stopper la
perte de biodiversité d'ici 2010" site Internet du MEDD.
"La préservation
de la biodiversité est au moins aussi importante que la lutte
contre le réchauffement climatique." Jean-michel Bérard,
Préfet de la Région Auvergne, colloque de clôture
du programme Life "Ensemble pour le saumon de Loire", 2004.
La Directive européenne
sur les énergies renouvelables nous impose d'atteindre 21 % de
production d'électricité d'origine renouvelable d'ici
2010. C'est un objectif que nous souhaitons vivement voir atteint. Mais
cet objectif ne doit pas devenir un dogme paralysant une réflexion
globale sur les moyens à mettre en uvre. Il faut donc trouver
le moyen de concilier énergies renouvelables et préservation
de la biodiversité.
Nous proposons une réflexion globale visant à définir
des rivières dédiées à l'hydroélectricité
(par exemple la Loire en amont des barrages de Grangent et Villerest
qui est de toutes façons condamné pour les migrateurs)
et des rivières préservées pour le saumon et l'ensemble
de l'écosystème (par exemple l'Allier qui est au cur
de l'action pour la restauration du saumon). C'est la notion de "corridors
bleus". Cette réflexion a été menée
avec succès en Norvège, où les populations de saumon
sont parmi les mieux préservées au monde.
Par ailleurs, il
faut relativiser l'importance de l'ensemble du complexe hydroélectrique
de Monistrol d'Allier (barrage de Poutès et barrages sur l'Ance
du Sud). Il représente quelques dix millièmes de la production
d'électricité nationale et 0,2 % de la production d'électricité
d'origine renouvelable en France. Nous ne souhaitons pas la destruction
de l'ensemble du complexe, mais seulement du barrage de Poutès,
qui représente la moitié de la production d'électricité.
EDF, pour des raisons politiques, menace d'abandonner le site si il
ne comprend plus que les barrages de l'Ance du sud, prétextant
un manque de rentabilité. C'est pourquoi le WWF a commandité
une étude économique et énergétique sur
le sujet, qui devrait nous être communiquée prochainement.
Dans le cadre de l'ouverture du marché de l'électricité,
il est tout à fait envisageable qu'une structure (collectif,
collectivité
) prenne le relais d'EDF pour l'exploitation.
Préservation
de la biodiversité et développement des énergies
renouvelables sont
compatibles !
7.
La campagne pour le saumon et démantelement du barrage de
Poutès de SOS Loire vivante / WWF
Mai 2003, SOS Loire Vivante soutenue par 33 associations locales, régionales
et nationales demande la saisine de Mme la Ministre de l'Ecologie et
du Développement Durable ainsi que du Président de la
Mission Déléguée de Bassin et du Préfet
coordinateur de bassin sur le dossier du renouvellement de concession.
Voire lettre de SOS Loire Vivante
Juillet 2003, réponse
favorable de la Ministre de l'environnement précisant le caractère
exceptionnel de cette demande de renouvellement de concession devant
être " débattu dans un cadre plus large " qu'habituellement.
La Ministre nous précise également qu'elle a demandé
des études supplémentaires sur les actions déjà
réalisées pour les poissons migrateurs et celles qui devront
l'être d'ici 2015.
Voir réponse de Mme la Ministre
Janvier 2004, Sur
initiative de SOS Loire Vivante une nouvelle réunion des associations
régionales de protection de la Nature et de Pêche est organisée.
La participation à une campagne nationale pour le démantèlement
du barrage de Poutès est décidée.
Janvier 2004, Formation
d'un collectif national d'associations (SOS
Loire Vivante, WWF, Union Nationale pour la Pêche en France,
les 5 fédérations de pêche Loire, Puy de Dôme,
Haute-Loire, Lozère et Ardèche, l'Association Protectrice
du Saumon, Agir pour l'environnement, les Amis de la Terre,green la
fondation Nature et découvertes, Patagonia, de nombreuses associations
de pêcheurs de saumon et de protection de l'environnement ainsi
que des pêcheurs professionnels).
Mai 2004, lancement
d'une pétition par le WWF France en partenariat avec et les magasins
" Nature
et découvertes " avec le soutien du collectif des associations
opposé à la prolongation de la concession de Poutès.
Le WWF publie une brochure et un dépliant " Parce que le
Saumon de la Loire et de l'Allier est unique " et commande une
étude énergétique et économique à
"Energie demain" pour envisager des solutions alternatives
au barrage de Poutès.
Voir "Téléchargements" !
Visitez aussi nos
pages de la campagne pour la sauvgarde
du saumon
La suite du coté
administratif (Mars 2005) :
Une fois que les
études seront complétées, le préfet de la
Haute Loire adressera son avis au Ministre chargé de l'électricité.
Celui-ci (après avoir obtenu l'accord de différents ministères)
décidera si l'instruction de la demande de concession doit être
poursuivie. Dans l'affirmatif, il prescrira au Préfet l'ouverture
de l'enquête publique.
8.
Notre position :
Le collectif régional des associations pour le démantèlement
du barrage de Poutès s'est réuni le 21 mars à la
Chomette. Après avoir fait le point sur les actions menées,
le débat a permis un large consensus autour de la position suivante
:
Le Complexe hydro-électrique de Monistrol d'Allier est composé
de trois barrages dont les eaux sont turbinées à l'usine
de Monistrol d'Allier : le barrage de Poutès sur l'Allier et
deux autres, plus petits, sur l'Ance du Sud. Ces derniers ne sont pas
sans impact sur l'écosystème. Cependant, c'est bien le
barrage de Poutès qui hypothèque la survie du saumon Loire-Allier,
en lui barrant l'accès aux frayères.
Nous proposons donc que seul le barrage de Poutès soit démantelé.
Les autres pourront être conservés pour continuer à
produire de l'électricité (ils représentent la
moitié de la production du complexe). EDF ne souhaite pas continuer
à exploiter le site si le barrage de Poutès est démantelé.
Cependant, dans le cadre de l'ouverture du marché de l'électricité,
il est envisageable que le site soit exploité par une autre structure,
comme un GIE
(groupement d'intérêt économique) qui pourrait être
constitué par la commune de Monistrol d'Allier ou desstructures
privées.
Les avantages de cette solution sont multiples : diminution du coût
du démantèlement (on ne démantèle plus que
Poutès), préservation de la moitié de la production
d'électricité
Par ailleurs, l'étude énergétique
du bureau d'études Energies demain a montré qu'il existait
de nombreuses alternatives en termes de production d'énergie
renouvelable (bois - chauffage, biomasse, éolien, solaire
).
Rien que le parc éolien d'Ally aura une production équivalente
à celle de l'ensemble de l'hydro-complexe. Enfin, la perte des
taxes locales pour la commune
pourrait être compensée par les revenus liés à
la production. Sans compter que la réouverture de la pêche,
après reconstitution des stocks, permettrait de développer
une offre de tourisme lié à la pêche dans la vallée.
Pour rappel, une étude de l'INRA de Rennes en 1993, a montré
que chaque saumon pêché représentait 1200 à
1500 euros de retombées financières locales (matériel,
logement, déplacement, restauration
).
Cette nouvelle approche sera présentée lors de réunion
publiques dans les communes de la vallée.
9.
Références
Christian Bouchardy,
1999. Le saumon de la Loire et de l'Allier : histoire d'une sauvegarde,
Catiche Productions, Libris, 31p.
François Cohendet, 1993. Le saumon de l'Allier : son histoire,
sa vie, son devenir, Compagnie générale des Eaux, Association
Internationale de Défense du Saumon Atlantique, 795p.
WWF, 2003. Enlever le barrage EDF de Poutès-Monitrol sur le Haut
Allier : plus d'espace pour le Saumon atlantique, les éoliennes
et l'efficacité énergétique, 29p.
suite
avec
le soutien de la
